Myriam Beaudoin - Livres
   

 

33 chemin de la baleine

Éditions Leméac, 2009

 

 

«Voici un roman d'amour, un grand roman d'amour contrarié qui se déroule sur deux époques : les années cinquante et maintenant.

Une vieille dame charmante, qui n'a plus tout à fait sa tête, reçoit la visite d'un jeune homme porteur d'un paquet de lettres anciennes dont il lui fera la lecture. Or ces lettres d'amour et d'abandon, écrites par une jeune femme à son mari écrivain, comportent d'étranges ressemblances avec le passé confus de la vieille dame.

La jeune femme sera trahie, mais la qualité de son amour, sa candeur, sa force nous pousse à prendre parti pour elle, et à souhaiter de tout coeur un dénouement heureux.

Dénouement heureux il y aura, mais pas exactement là ou le lecteur l'attendait...»

 

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Revue Québec français, no 158, Été 2010

Critique par Alex Noël

Après le succès de Hadassa, son précédent titre pour lequel elle avait reçu le prix littéraire des Collégiens et le prix des lecteurs France-Québec, Myriam Beaudoin nous livre, avec 33, chemin de la Baleine, un roman épistolaire exploitant lui aussi la thématique de l’assimilation.  En fait, l’auteure s’est avant tout donné pour objectif de faire un portrait tressé à l’aide de deux fils temporels : l’un porteur du Québec des années cinquante et l’autre, du monde contemporain.  Et à travers ces deux époques, deux femmes : la même. 

D’abord, le roman s’ouvre sur l’image de la vieille Éva Lenoir : femme un peu perdue, autoritaire mais attachante, marquée par une cicatrice au visage.  Dans la résidence où elle habite, elle reçoit pour la première fois la visite d’un jeune homme portant le même nom de famille qu’elle.  En voyant la blessure de la vieille Éva, l’homme se souvient d’un « scandale tant médiatisé, à l’époque », mais le lecteur, lui, devra attendre la fin du roman pour connaître les circonstances entourant cette mutilation.  Cet homme apporte avec lui un album dans lequel sont consignées des lettres : ses lettres à elle. Il lui fera ainsi la lecture de cette histoire par elle oubliée, et par elle racontée.

Ce récit est avant tout celui de la jeune Éva Lenoir : une femme d’origine modeste qui se renie, qui tente d’être autre chose qu’elle-même pour être à la hauteur de son mari, un célèbre écrivain québécois des années cinquante.  Après le départ de ce dernier pour l’Île-aux-Coudres, n’ayant plus personne pour lui dicter son rôle, ne pouvant davantage être elle-même parce que s’étant perdue en chemin, Éva Lenoir se trouve prisonnière d’une solitude qui lui paraît sans fin.  Une solitude entièrement vouée à l’attente.  Sentant sans doute son personnage vaciller, craquer de l’intérieur, elle commence la rédaction de lettres à l’intention de son mari pour lutter contre une fin qui, déjà, semble inévitable.  Démarche, hélas sans retour et les lettres demeurent sans réponses. 

Myriam Beaudoin plonge en profondeur dans la psychologie de son personnage, suggère sans jamais tomber dans le piège de l’explication.  Et son style, très beau, ajoute à cette profondeur.  De plus, l’interruption de la lecture des lettres par des répliques de la vieille Éva contribue à ajouter une certaine originalité à la trame narrative de base.  Malgré tout, les lettres, quoique touchantes, deviennent parfois lassantes parce que trop semblables.

Aussi le roman se termine-t-il de manière précipitée : le mystère concernant l’accident fatal est étiré tout au long de la lecture, sans être atténué par des informations supplémentaires qui viendraient s’ajouter de lettre en lettre, et se dénoue d’un seul coup en deux paragraphes à la toute fin.  L’avantage est sans aucun doute de maintenir la soif et l’attention du lecteur.  Le désavantage est que le souvenir qui nous reste concernant 33, chemin de la Baleine, une fois la lecture terminée, demeure celui d’une intrigue dénouée.  Pourtant, le roman possédait toute la richesse nécessaire pour suppléer à cette préséance de l’intrigue sur l’essence : tant par le style d’écriture de Myriam Beaudoin que la profondeur des personnages étaient suffisants pour retenir l’intérêt du lecteur.

En définitive, 33, chemin de la Baleine est un livre d’une beauté admirable, d’une grande humanité, mais dont la force de prégnance, une fois la lecture complétée, n’est peut-être pas aussi grande que celle d’Hadassa.


Revue Lettres québécoises, no 138, Été 2010

Critique par Jean-François Crépeau

Au bout de la route, la déraison

Myriam Beaudoin fait reposer la trame de son troisième roman, 33, chemin de la Baleine, sur une suite de lettres qui développent les thèmes de la joie et de la peine amoureuses, de la folie, du vieillissement et du deuil. Qu'en est-il vraiment?

Les lettres d'Éva

Dès la première visite de Jacques, la vieille dame lui demande de lire les lettres qu'il lui a apportées, la première datant du 6 janvier 1953. Le roman est ensuite une succession de séances de lecture jusqu'à la missive du 23 septembre 1953.

La correspondance raconte qu'Éva, une jeune femme de condition modeste travaillant en usine, a rencontré, au parc Belmont, Onil Lenoir, un écrivain célèbre. Le père d'Éva connaît les livres de Lenoir et accepte de lui donner la main de sa fille, malgré la différence d'âge. Marié le 13 juin 1951, le couple fréquente le milieu littéraire montréalais et rencontre, entre autres, Claude-Henri (Grignon), Marcel (Dubé), Jovette (Bernier), Alain (Grandbois).

Onil a vite besoin de solitude pour écrire et il se retire à l'Îsle-aux-Coudres, laissant sa jeune épouse aux bons soins de Simone, à la fois domestique et dame de compagnie. C'est à partir de ce moment-là qu'Éva entreprend d'écrire presque quotidiennement à son mari, lui racontant la lente et douloureuse dérive de son amour pour lui jusqu'aux limites de la folie.

Que de détails auxquels nous avons droit! Ils en viennent à alourdir inutilement le récit. D'autres éléments de la trame sont par contre négligés, par exemple les origines de Jacques ou sa relation avec Solène qui sont à peine évoquées. Heureusement, la chute du roman est un des temps forts de l'histoire, qui nous permet de comprendre la fin tragique d'un amour d'autrefois.


Magazine entre les lignes (www.entreleslignes.ca)
printemps 2010

Annick Duchatel

 

L’amour fou

Elle va où les autres ne vont pas.  À l’époque du courriel et de l’instantané, elle fait même une large place, dans son dernier roman, à la lettre d’amour.  Son talent singulier, déjà salué pour son précédent roman, Hadassa (Prix France-Québec et Prix littéraire des collégiens), ne cesse de s’imposer dans le paysage romanesque québécois. 

Avec son visage à la beauté classique, on l’imagine tout de suite dans la peau d’Éva, l’héroïne de son plus récent roman, 33, chemine de la Baleine.  Cette Éva du Montréal des années 1950, épouse d’un grand écrivain, Onil Lenoir, est une femme simple, issue d’un milieu populaire, mais incandescente sous son corsage bien fermé, sa jupe bien tirée.  « J’ai mis beaucoup de moi-même dans Éva, confesse Myriam Beaudoin.  Pour moi aussi, l’amour ne vaut la peine que s’il est absolu.  C’est tout ou rien, il n’y a pas de demi-mesure.  Dans ce roman, j’ai voulu explorer ce qui se passe quand on aime jusqu’à se perdre dans l’autre, puis qu’on est abandonnée. »  Car Onil, après deux ans de mariage, quitte sa jeune épouse et sa vie dans le milieu intellectuel montréalais, pour aller écrire un livre à l’Île-aux-Coudres.  Il ne reviendra jamais vers elle. Sinon par personne interposée, lorsque Jacques, le fils de sa rivale, la retrouvera, vieille et seule dans un asile psychiatrique, et lui lira les lettres qu’elle avait écrites à Onil.  Mais elle ne les reconnaîtra pas.

L’INTIME, AU MICROSCOPE
On en saura très peu sur les raisons de cet abandon : l’accent est mis sur la vie d’Éva, figée dans l’attente.  Son désarroi, puis sa folie.  Un maelstrom d’émotions dans lequel l’auteure a plongé.  « J’ai beaucoup pleuré en écrivain les dernières lettres qu’Éva adresse à Onil, les plus poignantes. »
Ce qui caractérise son style, toujours ciselé et sobre, c’est un mélange d’émotion et de curiosité.  Une curiosité qui l’a menée à explorer avec justesse les années 50, celles de la jeunesse d’Éva.  Tout un exploit pour une jeune auteure au début de la trentaine. « J’ai fait beaucoup de recherches au moyen des microfiches de la presse de l’époque, pour trouver les faits, les mots justes.  Cela ne m’intéressait pas de choisir pour cadre les années 60 : on en a abondamment parlé, alors que les années 50 sont plutôt oubliées.  Et puis, 1953, c’est l’année de naissance de ma mère! Ce qui m’attirait vers cette époque, c’est qu’on était alors au bord de changements majeurs.  En même temps, il y avait une bienséance qui imprégnait tous les rapports humains. »

EN DEHORS DES MODES    
Cette bienséance, on la sentait aussi très présente dans son précédent roman, Hadassa, où l’on voyait en parallèle une enseignante face à une classe de jeunes juives hassidiques (une expérience autobiographique), et une pudique histoire d’amour entre l’une d’entre elles et un jeune immigrant polonais.  Un milieu très fermé, insolite pour y situer une œuvre romanesque.  « Cela a été pour moi un cadeau de la vie de pouvoir enseigner le français à ces jeunes filles qui, dès le berceau, vivent dans la religion.  De pouvoir les observer.  Dans une certaine mesure, mes lectures préférées m’y portaient.  J’ai beaucoup lu les auteurs du 19e siècle français : La confession d’un enfant du siècle de Musset.  Geroge Sand, Stendhal, Flaubert.  Le romantisme, mais aussi le réalisme. »  Et bien sûr, cette bienséance, quelque peu passée de mode aujourd’hui.
Sa curiosité pour l’autre qui vient aussi d’une jeunesse passée en Afrique, de 11 à 17 ans, où son père était diplomate.  « Un jour, j’écrirai sur l’Afrique.  Mais je veux y retourner avant, pour contempler ce qui a changé.  Je veux être exacte dans ce que je décris. » 


Journal Voir Montréal
Édition du 5 novembre 2009

Tristan Malavoy-Racine

 

Aimer à la folie

Son troisième livre en fait la preuve: Myriam Beaudoin sait approfondir sans se répéter. 33, chemin de la Baleine parle lui aussi d'amour impossible et de perte, mais dans un cadre nouveau.

"J'aime les gros plans." Tels sont les premiers mots prononcés en entrevue par Myriam Beaudoin, dont le nouveau roman, pourtant à cent lieues du très applaudi Hadassa (prix France-Québec/Prix des lecteurs et Prix littéraire des collégiens), cultive un même intérêt pour les lieux clos, espaces de la confidence. Nous voilà loin de la communauté juive orthodoxe et de ses mécanismes discrets, mais 33, chemin de la Baleine a pour point de départ la petite chambre d'Éva, cette vieille femme vivant dans un foyer, où un inconnu lui fera la lecture de lettres anciennes, passerelles vers sa jeunesse brisée. "J'aime l'immobilité pour pouvoir mieux regarder. Je travaille à partir du regard, et les endroits clos permettent, je pense, de mieux voir."
Il en faut, de l'attention, pour dessiner des personnages aussi vivants, aussi complexes et paradoxaux; pour nous faire croire dans un amour aussi aveugle que celui porté par Éva, dans les années 50 et au-delà, à son mari disparu. "Le point de départ, ça a été le thème de l'abandon, explique l'auteure. Ça me touche infiniment de voir des gens abandonnés, sur le trottoir, seuls au monde. Ça m'a amenée à réfléchir, à me mettre dans la peau de celui qui est abandonné."

Cocktail explosif qu'un abandon conjugué à un amour aussi pur. "C'est un amour absolu. Sacrificiel, même, qui va la mener à la folie. On a tous connu ce que c'est que d'attendre un coup de téléphone, de s'imaginer plein de choses et de se faire du mauvais sang. Qu'est-ce qui arrive quand tout ça prend trop de place dans la tête?"

Poste-restante

Myriam Beaudoin nous étonne un peu en disant ne pas avoir eu de mal à se couler dans le registre d'Éva, dans la voix d'une jeune femme qui fréquente un écrivain et soigne sa langue, mais qui a peu d'éducation et n'est aucunement écrivaine elle-même. "Ça s'est fait tout seul, je dois dire. En fait, j'ai écrit énormément de lettres d'amour, moi, de 16 à 25 ans! J'ai puisé un peu de ce côté, sans doute, tout en gardant à l'esprit qu'Éva a une réelle candeur, elle se livre tout entière, sans filtre."

Tout tourne autour d'Éva et de ce qui a fracturé sa vie, donc, mais les personnages secondaires ne sont pas que prétextes. Myriam Beaudoin n'exclut pas de les animer de nouveau, dans le cadre de projets futurs. "Actuellement, quand je repense à Jacques par exemple, ou encore à Solène, la préposée du centre, je me dis qu'il y a encore à dire. Cette fois, je me suis concentrée sur Éva, je voulais qu'elle occupe toute la place, mais je pourrais revenir sur un personnage, oui... Bon, c'est ce que je pense maintenant, mais comme mon travail n'obéit pas à une stratégie, ça peut changer. On verra bien où les prochains livres me mèneront!"

Une chose est sûre désormais: où ils la mèneront ils nous mèneront aussi.

33, chemin de la Baleine
de Myriam Beaudoin
Éd. Leméac, 2009, 192 p.

***

33, CHEMIN DE LA BALEINE
Éva n'attend plus personne. Elle croupit dans un foyer pour personnes âgées, seule, défigurée par un lointain et mystérieux accident. Sa mémoire s'effiloche et son passé n'a plus de contours, or, quand un homme, Jacques, se présente pour la voir, c'est un grand pan de sa vie qui s'apprête à revivre. Jacques apporte un paquet de lettres, adressées par elle-même, dans les années 50, à Onil Lenoir, ce mari écrivain parti soi-disant pour quelques semaines mais jamais revenu. L'essentiel du nouveau roman de Myriam Beaudoin est contenu dans ces lettres, cri répété d'un amour total et naïf, dont l'écho est mort et qui va se muer en violence. L'auteure insuffle une immense vérité à ses personnages et à leur drame, et si la succession de lettres a parfois quelque chose de redondant, on ne s'en laisse pas moins porter par une intrigue tissée avec soin, dont le noeud ne sera révélé que dans les dernières pages.

Lien : http://www.voir.ca/publishing/article.aspx?zone=1&section=10&article=67640


Le Journal de Sherbrooke
Édition du 4 novembre 2009

Marie-Christine Bouchard

 

Romance sur l'amour qui mène à la folie

« Myriam Beaudoin avait envie de parler d'amour. D'amour absolu. D'amour qui blesse, d'amour qui peut détruire. De l'amour... et de l'abandon qui fait mal au point de conduire à la maladie mentale et à la folie. "J'avais très envie d'explorer ce thème à travers mes recherches et mes réflexions", explique l'auteure. Et Myriam Beaudoin a plongé. Sans retenue. Pendant un an, elle a écrit et réécrit, travaillé et retravaillé, pleuré et versé des larmes, encore et encore, tellement elle s'est plongée dans cet univers d'amour plus fort que tout.
"Pour rendre toutes ces émotions dans le roman, il fallait que je les vive moi-même. C'était tellement intense que je n'aurais pas pu étirer l'écriture pendant deux ou trois ans. Il fallait que je le termine rapidement", précise celle qui a choisi de mettre l'enseignement de côté, une année durant.
(…)


Redécouverte des lettres

C'est en lisant les lettres que la belle et jeune Éva a écrites à son beau Nil que le lecteur peut sombrer dans cet univers d'amour qui tend vers le désespoir. Éva, devenue vieille et bien seule dans un foyer pour personnes âgées, redécouvre ces lettres.
Toutefois, Éva n'est plus tout à fait Éva. Non. Elle a sombré et n'est jamais tout à fait redevenue la pétillante jeune femme qu'elle était dans les années 1950.
Mais pourquoi Myriam Beaudoin a-t-elle choisi la forme épistolaire pour raconter son récit?
"Adolescente, j'ai grandi en Afrique (…) et j'ai écrit vraiment beaucoup de lettres à ma famille, à mes amis. Évidemment, c'était bien avant l'époque des courriels et d'internet! J'ai aussi écrit beaucoup de lettres d'amour. J'aime cette façon de communiquer", soutient-elle.
Dans son premier roman, Un petit bruit sec, elle avait aussi utilisé les lettres pour faire parler une jeune fille à son père mort.
"Dans ce roman, ce sont des lettres d'espérance et d'amour", nuance l'auteure.
Et comme elle a décidé de camper une bonne partie de son roman dans les années 1950, Myriam Beaudoin a fait de la recherche. Beaucoup de recherche, en fait!
"J'aime cette partie du travail d'écrivain qui consiste à rechercher, à se plonger dans l'univers qu'on va écrire", précise-t-elle.


Un autre projet

Maintenant que son roman est terminé, l'auteure a bien sûr d'autres projets sur la table. Sa plume n'est jamais bien loin, elle qui aime tellement écrire et raconter des histoires à ses lecteurs.
"Je suis gâtée: j'ai à peine terminé mon roman que j'ai déjà une autre idée, un autre projet qui nécessite beaucoup de recherches. L'écrivaine en moi se connaît de mieux en mieux. J'apprivoise ce métier. Il faut dompter cette peur du travail d'écriture, qui est tellement lourde! » (…)


Le Devoir
Édition du samedi 3 et du dimanche 4 octobre 2009

Danielle Laurin

 

Lettres à l'absent

Très forte, décidément, Myriam Beaudoin

Myriam Beaudoin revient avec 33, chemin de la Baleine. Un troisième roman, enfin. Vous vous souvenez? «Retenez bien ce nom, vous le reverrez»: c'est ce qu'on vous avait dit à la parution de Hadassa, il y a quelques années.

Ce petit bijou d'écriture s'inspirait de son expérience d'enseignement du français dans une école juive orthodoxe. Outre son regard tout en nuances sur l'univers de petites filles appartenant à une communauté inaccessible, il y avait dans ce livre le récit d'une histoire d'amour naissante, grandiose, impossible.

Après Hadassa, salué par le Prix littéraire des collégiens et le Prix des lecteurs France-Québec en 2007, on avait quand même eu droit à un petit texte de l'auteure. Un petit texte remarquable, sur les amours adolescentes au féminin et la découverte de la sexualité, paru dans l'ouvrage collectif Premières amours, auquel collaborait aussi Nelly Arcan.

L'amour. L'amour est au centre de 33, chemin de la Baleine. Où une vieille dame qui n'a plus toute sa tête, qui confond les morts et les vivants, replonge dans son passé. Par le biais de lettres d'amour qu'elle ne se souvient pas d'avoir écrites dans sa jeunesse.

Ces lettres, de plus en plus fiévreuses, désemparées, désespérées, sont adressées à son mari écrivain. Parti pour quelques mois à l'île aux Coudres, il n'est jamais revenu auprès d'elle, à Montréal.

Cinquante ans plus tard, elle l'attend encore. Éva attend son homme, tassée sur elle-même, dans son fauteuil roulant. Son rouge à lèvres déborde de partout autour de sa bouche ridée, sa robe est tachée. Elle a une moitié du crâne chauve, une oreille qui manque. L'image est saisissante; elle ouvre le roman.

Nous sommes dans une résidence pour personnes âgées. Ou un hôpital pour les fous. Peut-être les deux. Peu importe. Nous sommes dans un univers où la plupart des gens ont perdu leurs repères.

Heureusement, auprès de la vieille Éva, une préposée dévouée, pleine d'affection. Ce jour-là, un homme se présente. Un visiteur, enfin. Il s'appelle Jacques, son père vient de mourir. Son père, c'est celui qui a abandonné Éva, sa toute jeune épouse...

Le fils connaît la suite de l'histoire, relatée à l'époque par les journaux, il sait le pourquoi de cet abandon. Pas nous, pas encore. Éva, elle, n'est pas certaine qu'il s'agit vraiment d'elle. Ni sur les photos, ni dans les lettres signées de sa main, que le fils, confondu par elle avec le père, lui offre en cadeau.

Ses yeux à elle sont fatigués, alors c'est lui qui lit, à voix haute. Et c'est bouleversant. Toutes ces lettres, écrites jour après jour, dans l'attente. Écrites avec le coeur. Avec des mots simples: ceux d'une jeune femme issue d'un milieu ouvrier qui souhaite devenir l'épouse parfaite de son mari partout admiré pour son oeuvre.

Elle respecte le besoin de solitude du grand écrivain, mais ne peut s'empêcher de dire son manque de lui, sa peine. Elle compte les jours, les nuits qui la séparent de son retour. Retour dont la date est reportée d'un mois. Et qui finalement n'advient pas. Pourquoi?

Elle y croyait, pourtant. Le moment venu, le jour de la date annoncée, elle y a vraiment cru. Toute la journée elle a guetté la fenêtre, vêtue de ses plus beaux atours, pomponnée. Et le soir, quand elle s'est couchée, elle y croyait encore.

Même quand elle n'y a plus cru, quand elle a vu que son homme n'était pas là, elle a senti le besoin de lui écrire ceci: «Je n'ai gardé allumée que la lampe à huile pour que mon teint soit plus bronzé lorsque tu me trouverais endormie. Pour ne pas avoir le visage froissé au réveil, je me suis couchée sur le dos. À six heures du matin, le soleil printanier avait pris ta place sur ton oreiller; un spectacle bien cruel.»

L'attente. L'attente sans rien au bout. Et les lettres, les lettres qu'elle continue d'écrire. «Je t'écris, car cela garde vivant et préserve notre mariage du néant. Je finirai bien par te faire revenir. Lis-moi encore.» Car c'est impossible. Impossible qu'il ne revienne pas. Il l'aimait, il la trouvait belle, il lui avait promis monts et merveilles, des voyages, des enfants, une famille... Elle s'accroche, elle écrit, même si elle n'envoie plus ses lettres.

Elle n'en finit plus de se morfondre, de se remettre en question, de s'autodénigrer, de se culpabiliser. C'est à elle-même qu'elle s'en prend, jamais à lui. Elle n'a aucune porte de sortie. Sinon les prières qu'elle a apprises de sa mère. Et la folie.

C'est une histoire d'amour tragique, oui. Cruelle. Transportée dans les années 1950, à l'époque où les femmes devaient être soumises à leur mari, peinaient à exister par elles-mêmes socialement.

L'auteure rend de façon touchante le calvaire d'Éva, incapable de prendre son envol en dehors du regard de son mari. Mais cette façon pour les femmes de n'exister que par le regard de l'autre, de perdre pied quand l'autre cesse de les regarder, nous parle encore très fort aujourd'hui.

Il y a plus, aussi. Il y a les peines d'amour, qui existent depuis la nuit des temps. Et il y a la trahison amoureuse, l'abandon. Pis, il y a la lâcheté. La lâcheté d'un côté et l'attente éternelle de l'autre.

33, chemin de la Baleine remue beaucoup de choses. Beaucoup d'émotions. Et beaucoup de réflexions. Sur les rapports amoureux, la condition des femmes. Mais pas seulement. Sur la folie. Sur la mémoire et l'oubli. Sur la vieillesse.

Il faudrait parler aussi de la reconstitution minutieuse de l'époque des années 1950, à travers les petits détails de la vie quotidienne relatés dans les lettres de l'amoureuse. Il faudrait parler du milieu artistique, à Montréal, dans ces années-là, de tous les clins d'oeil concernant les grands créateurs du passé qu'on retrouve dans 33, chemin de la Baleine.

Tout cela rend plus réelle encore l'existence de cette vieille dame coupée de son propre passé, de sa mémoire. Bien que par moments cela nous pèse, tant on est suspendu à l'histoire, on a hâte de connaître la suite.

La suite, pourtant, on le sait bien depuis le début, sera dramatique. Mais étrangement, le sentiment qui demeure, à la fin, en est un d'apaisement. Il y a la vie qui bat, il y a la lumière, il y a l'enchantement. Très forte, décidément, Myriam Beaudoin.

***

33, Chemin de la baleine
Myriam Beaudoin
Leméac
Montréal, 2009,192 pages
(en librairie le 7 octobre)

Lien : http://www.ledevoir.com/2009/10/03/269889.html

 


Le Messager de Verdun
Édition du 22 octobre 2009

Pierre Lussier

 

Un nouveau roman de la Verdunoise Myriam Beaudoin

« Son nom est sur toutes les lèvres depuis que l’écrivain Yann Martel a invité le public à lire son dernier roman à l’émission Tout le monde en parle. Myriam Beaudoin a aussi eu droit à une critique très élogieuse dans Le Devoir. Et ce n’est qu’un début, si on se fie au vif intérêt suscité par l’ouvrage intitulé 33, chemin de la Baleine dans les milieux littéraires.
(…)
« Les rapports amoureux, la condition des femmes, la mémoire et l’oubli, ainsi que la vieillesse sont au coeur du récit», a résumé l’auteure, qui rappelle son goût pour la correspondance. «Jusqu’à l’âge de 25 ans, j’écrivais des lettres», confie-t-elle.
(…)
« Myriam Beaudoin a pris une année sabbatique pour écrire ce roman de 190 pages. Après plusieurs mois de réflexion et de recherches assortis d’un séjour en Flandre, la jeune femme a consacré plus de trois mois de vie monastique à Val-David pour peaufiner son roman. Elle explique avoir fait des recherches sur les années 50’, la musique, le décor et le milieu des écrivains de cette époque. D’ailleurs, le roman décrit subtilement l’atmosphère de cette époque pas si lointaine, mais que la génération actuelle ignore (…). »

 


Le libraire
Novembre – décembre 2009 no 55

Pierre Lussier

 

Littérature québécoise : choix de la rédaction.


« Il ne lui aura fallu qu’un livre, Un petit bruit sec (Triptyque, 2003), pour démontrer un véritable talent, lever un coin du rideau sur un univers en devenir d’une étonnante richesse. Puis un second, Hadassa (Leméac, 2006), pour prendre sa place parmi la cohorte serrée des jeunes écrivains d’ici ayant beaucoup à dire. Avec son troisième roman, 33, chemin de la Baleine, Myriam Beaudoin revient à ses amour, l’amour tout court, en fait, qui la sert si bien. (…) Mais qui donc demeurait au 33, chemin de la Baleine? »


Entre les lignes
Hiver 2010

Louis Émond

 

«Qu’ils sont vivants les personnages de Myriam Beaudoin! Dans son récent 33, chemin de la Baleine, tout comme dans son roman précédent Hadassa (Prix des lecteurs France-Québec et Prix des collégiens 2007), l’auteure les dépeint avec une justesse et une sensibilité telles qu’on ne peut que s’inquiéter pour eux et souffrir avec eux.

Une vieille dame n’ayant plus sa tête reçoit un jour la visite d’un homme qui, en guise de cadeau, lui fait la lecture de dizaines de lettres envoyées jadis par une épouse à son mari, écrivain de grand renom parti à l’Isle-aux-Coudres écrire sa prochaine œuvre. Or, de lettre en lettre, l’angoisse grandira chez celle qui les a écrites autrefois comme chez elle qui en écoute la lecture aujourd’hui…

Décrivant avec minutie les affres d’un amour aveugle et autodestructeur, Myriam Beaudoin jette aussi un regard critique sur le rôle et la place que tenait la femme québécoise au milieu du 20e siècle. Loin de toute mièvrerie, son récit, en plus de recréer une époque en multipliant les références aux faits, aux lieux et aux artistes du temps, raconte également une bouleversante rédemption. »

 


Émission télé
Voir Montréal, Rubrique littérature, 4 novembre 2009, Télé-Québec

http://voir.telequebec.tv/emissions/9/segments/74/le-nouveau-philip-roth-exit-le-fantome-et-33-chemin-de-la-baleine-de-myriam-bea

 


Émissions radio


Émission Tam-tam Canada, 2e heure, RCI, 21 octobre 2009, critique de Aude Jimenez

Cliquez ici


Émission Vous m'en lirez tant, Radio-Canada, 1er novembre 2009.

http://ici.radio-canada.ca/emissions/vous_men_lirez_tant/2010-2011/archives.asp?date=2009-11-01


Elle Québec
Janvier-février 2010

Danielle Laurin


La femme flouée

«Une vieille dame qui n’a plus toute sa tête reçoit en cadeau une boîte remplie de lettres, de photos. Des lettres signées de sa main, des photos où on la voit, elle. Comment est-ce possible? Est-ce bien elle, cette jeune femme amoureuse, folle d’un homme qui l’a trahie et qu’elle a fini par attendre toute sa vie? Ne vous laissez pas distraire par la structure quelque peu alambiquée de ce roman. Myriam Beaudoin, lauréate du Prix littéraire des collégiens et du Prix des lecteurs France-Québec en 2007 pour Hadassa, traduit à merveille le désarroi de son héroïne fanée, flouée. »


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