Myriam Beaudoin - Livres
   

 

 

Hadassa

Éditions Leméac, 2006

« Une jeune femme, professeure de français dans un établissement pour écolières juives orthodoxes, découvre tout au long de l’année scolaire un monde à part, enveloppé de mystère et d’interdits, mais séduisant et rassurant. Au fil des conversations chuchotées avec les jeunes élèves, dans un franglais parsemé de yiddish, dans l’apprivoisement, dans la surprise et dans l’inconfort de la différence, se détache alors le visage d’une enfant boudeuse, rêveuse, fragile prénommée Hadassa. Le choc des cultures peut-il être un choc amoureux ? Oui, puisque se tisse en parallèle une histoire d’amour entre un jeune épicier récemment immigré de Pologne et une Juive mariée, effrayée par la violence de ses sentiments. C’est le prix de la liberté qui est ici remis en question – une liberté dont nous ne savons parfois plus que faire. Drôle et émouvant, vif et nostalgique, Hadassa est le roman du respect et de l’ouverture. Myriam Beaudoin confronte en douceur les valeurs de l’Occident et celles d’une culture millénaire qui fait tout pour préserver les siennes, y compris se refermer sur elle-même. »

 

 

 

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Radio-Canada, Émission Second Regard

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Conseil des arts de Montréal, "Portrait d'écrivain en tournée: Myriam Beaudoin", automne 2013

http://www.artsmontreal.org/fr/videos/ecrivains


Radio-Canada, Émission Second Regard, "Les juifs hassidiques", par Jean-Louis Boudou, 24 novembre 2013

http://ici.radio-canada.ca/emissions/second_regard/2013-2014/Reportage.asp?idDoc=320486


L'Étoile, juin 2010

Article en ligne, «Myriam Beaudoin sait comment émouvoir les jeunes», par Nadia Gaudreau, L'Étoile, juin 2010.
http://letoiledieppe.jminforme.ca/sports/article/1068185


Châtelaine, juin 2009

Top 7 lectures de France Beaudoin
http://fr.chatelaine.com/reportages/entrevues/article.jsp?content=20090602_154147_2920


Lettres québécoises, printemps 2007

André Brochu

Litotes de la passion

Dans un Montréal découpé à l’éruv –ce fil qui délimite le territoire de la vertu hassidim-, la passion ne peut prendre que des allures d’absolu

Le beau roman de Myriam Beaudoin présente un aspect documentaire qui ne gêne en rien l’épanouissement de la dimension esthétique. La description de la communauté des juifs traditionalistes de Montréal, en effet, occupe une place importante et même essentielle dans le texte, mais elle est intimement liée aux enjeux humains qui font la substance de l’histoire racontée.  Sans doute, cette histoire pourrait-elle être plus articulée, plus dramatique, mais ce serait au détriment de tout un non-dit narratif qui compose, pour une bonne part, l’attrait du livre.  La litote joue ici un rôle fondamental.

 

Alice au pays des secrets

Jeune institutrice, Alice se voit confier la classe de français (langue seconde) dans une école primaire juive.  Sa condition de goya (non-juive) l’assujettit à une foule de restrictions, tant dans son action pédagogie que dans ses rapports immédiats avec les élèves.  Pas question, par exemple, de les toucher, vu qu’elle est impure (!), ou de les instruire des réalités qui composent l’existence des goyim.  Elle représente donc une énigme pour les fillettes dont elle a la charge, mais celles-ci lui font tout de même bon accueil, sans doute grâce à sa compétence et à sa gentillesse. 

Pour Alice, il y a autant de mystère du côté des élèves, et c’est à peu près, en franchissant toute sortes d’obstacles liés à des règlements fort détaillés, qu’elle en vient à connaître et à comprendre l’univers social et religieux dans lequel elle est plongée.  Au milieu de ce petit monde habillant où elle enseigne, une fillette plus douée et plus fragile que les autres attire son attention.  Alice s’éprend véritablement (mais sans désir sexuel, en tout cas explicite) de Hadassa, qui résume en sa malingre personne le riche trésor de l’humanité juive.  Trésor dont la possession est interdite à l’enseignante.  Hadassa restera le symbole de ce qui n’est pas et ne sera jamais accessible au non-juif.

Une autre histoire d’amour

En parallèle, l’histoire de Déborah, une jeune juive nouvellement mariée qui tombe amoureuse d’un séduisant Polonais du quartier, confirme l’extraordinaire difficulté des relations entre hassidim et goyim, de sorte que la passion qui surgit entre des êtres de groupes aussi tranchés revêt forcément un caractère d’absolu.  Et, pour décrire cette passion, l’auteure trouve des accents magnifiques.  Il faut dire que, nonobstant quelques fautes d’écriture, l’auteure a du style (par exemple, elle parodie très bien le langage des jeunes élèves) et réussit par là à nous faire sentir, et non seulement connaître abstraitement, l’univers envoûtant qu’elle nous dépeint. 

En somme, le roman serait encore plus réussi si une composante dramatique avait pu s’y inscrire, donnant ainsi plus de chair au tragique sous-jacent; mais l’absence de cette composante laisse au lecteur du champ pour penser les entraves que religion et culture peuvent représenter entre les diverses communautés dans un milieu urbain cosmopolite.

 


L’Actualité, Édition spéciale 30e anniversaire, décembre 2007

Gilles Marcotte

 

Personnages d'un autre monde

 

Hadassa, juive orthodoxe, étudie le français dans une école d'Outremont. Mais le personnage du Torontois Albie Starbach n'est-il pas pour nous tout aussi exotique?

On ne peut s’empêcher d’évoquer le roman célèbre d’Yves Thériault, Aaron, en lisant celui de Myriam Beaudoin. Mais ils ne se ressemblent que sur un point: il s’agit, dans Hadassa comme dans Aaron, d’entrer comme par effraction dans une collectivité qui nous fascine par sa volonté farouche de ne pas laisser le monde ambiant l’entamer, de préserver un héritage ethnique et religieux qui transcende toutes les valeurs de l’autre monde — notre monde. Il y a, chez l’un et l’autre romanciers, le même désir de briser cette carapace tout en respectant, peut-être même en admirant un peu les rigueurs de l’orthodoxie juive. Mais les différences sont considérables, et elles tiennent d’abord à ce que Thériault écrit son roman à la troisième personne, qui crée une certaine distance entre le narrateur et la chose racontée, alors que le «je» pratiqué par Myriam Beaudoin tend à abolir cette distance, voire à impliquer le lecteur lui-même dans les émotions suscitées par le récit. On n’est pas étonné d’apprendre que l’auteure a enseigné le français pendant quelques années dans une école juive orthodoxe d’Outremont, là même où se passe l’action de son roman.

Dès la première journée, la narratrice est fascinée par une fillette capricieuse, un peu étrange, à laquelle elle voue une amitié inquiète, et qui donne son titre au roman. Mais Hadassa n’est en vérité que la fine pointe des groupes d’enfants de 11 et 12 ans à qui la nouvelle enseignante est chargée d’apprendre cette langue extrêmement bizarre qu’est le français. La tâche est d’autant plus délicate que les élèves ont reçu l’instruction de ne pas révéler à l’institutrice les réalités fondamentales de leur appartenance religieuse. C’est donc à l’aveugle, pour ainsi dire, que le professeur doit procéder. Mais peu à peu le voile se déchire, la confiance se fraie un chemin parmi les obstacles divers, et à la fin, même, les professeures de français seront invitées, faveur suprême, à un mariage juif.

Le roman de Myriam Beaudoin, toutefois, n’a rien d’un documentaire. Il est porté par un désir de connaître qui le rend extrêmement émouvant. Hadassa est un livre passionnant, qui distille une émotion rare, celle d’une rencontre humaine capitale. En contrepoint, le roman propose une histoire d’amour — accomplie ou non? — entre un jeune Polonais immigré au Canada et la mère d’une des élèves, qui donne lieu à des pages d’une brûlante vérité.

 



L'actualité, 26 novembre

Personnages d'un autre monde

Hadassa, juive orthodoxe, étudie le français dans une école d'Outremont. Mais le personnage du Torontois Albie Starbach n'est-il pas pour nous tout aussi exotique? par Gilles Marcotte publié dans L'actualité du 15 décembre 2006.

On ne peut s’empêcher d’évoquer le roman célèbre d’Yves Thériault, Aaron, en lisant celui de Myriam Beaudoin. Mais ils ne se ressemblent que sur un point: il s’agit, dans Hadassa comme dans Aaron, d’entrer comme par effraction dans une collectivité qui nous fascine par sa volonté farouche de ne pas laisser le monde ambiant l’entamer, de préserver un héritage ethnique et religieux qui transcende toutes les valeurs de l’autre monde — notre monde. Il y a, chez l’un et l’autre romanciers, le même désir de briser cette carapace tout en respectant, peut-être même en admirant un peu les rigueurs de l’orthodoxie juive. Mais les différences sont considérables, et elles tiennent d’abord à ce que Thériault écrit son roman à la troisième personne, qui crée une certaine distance entre le narrateur et la chose racontée, alors que le «je» pratiqué par Myriam Beaudoin tend à abolir cette distance, voire à impliquer le lecteur lui-même dans les émotions suscitées par le récit. On n’est pas étonné d’apprendre que l’auteure a enseigné le français pendant quelques années dans une école juive orthodoxe d’Outremont, là même où se passe l’action de son roman.

 

Dès la première journée, la narratrice est fascinée par une fillette capricieuse, un peu étrange, à laquelle elle voue une amitié inquiète, et qui donne son titre au roman. Mais Hadassa n’est en vérité que la fine pointe des groupes d’enfants de 11 et 12 ans à qui la nouvelle enseignante est chargée d’apprendre cette langue extrêmement bizarre qu’est le français. La tâche est d’autant plus délicate que les élèves ont reçu l’instruction de ne pas révéler à l’institutrice les réalités fondamentales de leur appartenance religieuse. C’est donc à l’aveugle, pour ainsi dire, que le professeur doit procéder. Mais peu à peu le voile se déchire, la confiance se fraie un chemin parmi les obstacles divers, et à la fin, même, les professeures de français seront invitées, faveur suprême, à un mariage juif.

Le roman de Myriam Beaudoin, toutefois, n’a rien d’un documentaire. Il est porté par un désir de connaître qui le rend extrêmement émouvant. Hadassa est un livre passionnant, qui distille une émotion rare, celle d’une rencontre humaine capitale. En contrepoint, le roman propose une histoire d’amour — accomplie ou non? — entre un jeune Polonais immigré au Canada et la mère d’une des élèves, qui donne lieu à des pages d’une brûlante vérité.


This article appeared in Canadian Jewish News, Dec. 21, 2006

Chassidim focus of young Quebec novelist

By JANICE ARNOLD

Staff Reporter

 

Myriam Beaudoin knew nothing about Jews, let alone Chassidim, when she was hired as a French teacher at a chassidic girls’ school in Outremont, fresh out of McGill University’s creative writing program. The next four years would be an eye-opener for the young Sherbrooke native and be the inspiration for her novel Hadassa (Leméac), which has been both a critical and popular success in Quebec since it appeared in August. The reaction seems to indicate a growing appetite among francophones to know more about the Chassidim, as much as appreciation of Beaudoin’s precocious writing talent.

Despite the vast cultural differences between herself and the community she worked for, Beaudoin, now 30, has much affection and admiration for the Chassidim because of their devotion to their faith and traditions and to family. While lifting the veil from this world, Beaudoin does so respectfully and without judgment. It was all a shock at first for her – as it is for the young francophone teacher in Hadassa, which is written in the first person – to be on the inside of such an insular society with its innumerable restrictions, taboos and suspicions. Teaching French is like teaching a bizarre foreign tongue to them. Beaudoin was, after all, very typical of her generation of secular and free-thinking Québécoises. It’s no coincidence the narrator’s name is the same as Lewis Carroll’s protagonist, Alice, because Beaudoin did, indeed, feel as if she had entered a wonderland.

The children are raised to not be on too familiar terms with the non-Jewish teachers, who are given a long list of topics not to broach. Banned are not only religion and popular culture, but just about everything from historical events happening more than 6,000 years ago to the current news, and from reproduction to death. How shielded are they from concepts not deemed appropriate? One day Alice asks, “Que veut dire le mot liberté?” A student responds: “C’est une statue, madame.” They never question why their books come censored, with forbidden words and images blacked out. But children are children, and little by little confidence is established between Alice and her charges over the course of a year. ‘Alice’ is as awestruck as Beaudoin was when she entered her classroom of 11- and 12-year-olds, who are on the verge of their pre-ordained lives of early marriage and childbearing. The title character, Hadassa, is a moody, but strangely appealing, girl in the class who, against the odds, forms a strong bond with her non-Jewish teacher.

A parallel story running through the novel is the impossible attraction between a married chassidic woman and a non-Jewish Polish immigrant, a concert pianist working in a neighbourhood grocery.  She says this element is purely a figment of her imagination. She wanted to explore what might happened to such star-crossed lovers, convinced, as she is, that all women have the same emotions, despite the strictures they may be under.

Beaudoin began her adventure with an openness of spirit that came from having been exposed to a variety of peoples from an early age. She spent her childhood on a farm, but that idyllic world ended when her father, a diplomat, was posted to Rwanda in 1988 and, in 1991, to Mali.  In 1994, she returned to Canada to study at the University of Ottawa, and later Valladolid University in Spain. She taught English in Brazil for a while, then came back to complete a master’s degree at McGill. She ended up at a chassidic school quite by chance, after seeing an ad. The work suited her because a teaching diploma was not required and the hours were not long.

She published her first, apparently autobiographical, novel, Un petit bruit sec, in 2003. Today, she teaches French in a very different milieu – the private Catholic girls’ school Villa Maria.

Beaudoin said in an interview her previous lack of knowledge of Jews is not unusual among francophones of her age, even those who grew up in Montreal. The only Jews most know are the Chassidim because they are so visible. 

There is a lot of curiosity about the Chassidim who live in their midst, but also frustration because outsiders cannot talk to them or get to know them personally, despite their proximity, she said. 

The result is a great deal of ignorance, which she believes is at the root of the tensions that flare from time to time between the Outremont Chassidim and the public. She also thinks the media has overplayed some of these incidents, such as the matter of the Park Avenue YMCA agreeing to frost its windows so nearby yeshiva boys could not see the women exercising inside.

 

Although she was never invited to a chassidic home, Beaudoin feels honoured that she was invited to a wedding once. She says she left the school – which she declined to identify – on excellent terms, and has, in fact, been asked to return each year since she left.

Earlier this year, another fictional account, Lekhaim! Chroniques de la vie hassidique à Montréal, written under a pseudonym by a chassidic woman, was a surprise bestseller. Beaudoin said many who read that book are now reading hers. She was surprised to find no literary treatment of the Montreal Chassidim in French or English literature previous to these two books, while European writers have mined the subject quite a bit. The closest may be Yves Theriault’s 1950s novel Aaron, which deals with a mainstream Orthodox Jewish immigrant family.

Hadassa has received favourable reviews in L’Actualite, Voir, La Presse and Le Devoir and other media. Danielle Laurin wrote in Le Devoir: “Her openness is contagious: we are curious, we want to understand…  “At a time when the Jews are having a bad press, following the conflict in Lebanon, Hadassa offers an enlightening look, critical but not accusatory, at a community we know poorly.”

Hadassa is one of five finalists for the Prix des collégiens du Québec and one of 12 books shortlisted for the Prix des libraires du Québec. Beaudoin is scheduled to speak at the Blue Metropolis literary festival in April, which may make her better known to anglophones. Three Canadian publishers are interested in translating the book into English, and a German publisher has also made inquiries, she said.

 


www.litterature-quebecoise.com, 17 janvier 07

Paul-André Proulx

 

Les Hassidim de Montréal

[****]

 

Hadassa de Myriam Beaudoin aborde un sujet pointu d’autant plus que le raid d’Israël au Liban en 2006 a soulevé l’indignation des observateurs de la scène internationale.  Avec délicatesse, l’auteure pénètre le monde des Hassidim de Montréal, des juifs fervents qui attirent l’attention des goyim (non-juifs) par leur accoutrement.  C’est à l’ombre des arbres centenaires d’Outremont qu’ils appliquent scrupuleusement les lois de la Torah, décriées récemment par les médias qui s’offusquaient que leurs écoles allaient à l’encontre des normes du ministère de l’Éducation.  On embauche quand même des non juives pour faire apprendre le français aux jeunes du primaire uniquement.  Après douze ans, on enseigne aux filles à devenir des épouses modèles. 

C’est dans ce contexte que l’héroïne rend compte de son travail d’enseignante obligée de se vêtir en excluant « les blouses sans manches, les jupes au-dessus du genou, les pantalons, les tissus qui brillent, les coupes ajustées ».  Sans compter les consignes formelles qui lui interdisent de discuter en classe de l’amour, des médias, des films, des chanteurs…  En s’adaptant à cette communauté repliée sur elle-même comme les amiches, elle réussit à se faire aimer de ses élèves, en particulier d’Hadassa. Ce roman raconte l’histoire de leur amitié, interdite par la religion. Apparaît également en croisé l’aventure d’une femme mariée à un homme choisi, selon les normes hassidiques, par la communauté.  Son cœur palpite quand elle rencontre un immigrant polonais qui occupe l’emploi de commis dans une épicerie.  Rencontre fortuite qui se poursuit dans une ruelle.  Somme toute, on sent que le choc culturel peut s’amenuiser, surtout si l’on considère l’intérêt des élèves pour les livres apportés par leur institutrice de la bibliothèque publique où elles ne peuvent aller. 

En alternant le je et le il, l’auteure conjugue amour et amitié sans provoquer les susceptibilités.  Dans une écriture hachurée à l’instar des paroles des chansons rap, elle décrit, avec une économie de mots et beaucoup d’objectivité, le hassidisme au féminin comme Éliette Abécassis l’avait fait dans La Répudiée.

 


Quartier Libre, journal des étudiants de l’Université de Montréal, 15 janvier 07

Marie-Michèle Giguère

 

Lentement la beauté  

 

Avec Hadassa, son second roman, Myriam Beaudoin nous fait découvrir la communauté juive hassidique de Montréal d’un point de vue privilégié.

 

Hadassa, c’est une petite fille de 11 ans, un peu brouillon, colérique, émotive…et attachante.  Hadassa, c’est aussi ses seize camarades, leurs secrets, leurs désirs et leur quotidien.  Alice, la narratrice, leur enseigne le français chaque après-midi (…).  Si Alice prend plaisir à plonger dans l’univers dans lequel vivent ses élèves, son intérêt envers elles est réciproque.  Les plus jeunes surtout veulent comprendre la vie de cette femme qui obéit à des règles toutes autres –et beaucoup moins nombreuses- que les leurs : « Toi, tu fêtes Hanoukka? », « Pourquoi tu n’es pas juive, madame? » (…) «Pourquoi tu ne coupes pas tes cheveux? Nous on a pas le droit d’avoir long comme ça. »

Se dessine en filigrane la rencontre de Déborah Zablotski –une Juive nouvellement mariée- et un épicier récemment immigré de Pologne.  À leur plus grand effroi et vertige, chacun de leur côté découvre pour l’autre une troublante inclinaison…  Si les rapports entre Alice et ses 17 élèves, malgré les contraintes nombreuses, sont source de petits ravissements; chaque rencontre entre Déborah et Jan, dans le petit commerce de celui-ci, sera troublante de par sa fulgurance et les innombrables tabous et interdits qu’elle transgresse. 

Tout en contraste, Hadassa est un récit plus impressionniste qu’instructif.  Tel une incursion auprès d’une communauté où le guide se réserverait de tout commentaire, le lecteur est appelé –à notre plus grand plaisir- à s’imprégner du noble spectacle qui défile sous ses yeux plutôt que d’en tirer quelque conclusion didactique. 

Hadassa, c’est aussi un sobre hommage aux traditions et aux plaisirs d’hommes et de femmes que l’on côtoie sans connaître.  Si le printemps nous avait offert le magnifique Leikhaim!, où la montréalaise Malka Zipora, Juive et mère de douze enfants, nous partageaient quelques petits éclats de son quotidien, l’automne nous a proposé un autre regard –celui d’une jeune francophone- sur cette même communauté. 

 


Le Libraire, janvier-février 2007, no 38

Yves Guillet

Hadassa 

Décidément, c’est l’année des ultra-orthodoxes.  Après le Lekhaim!, de Malka Zipora, dressant un portrait documenté de la vie hassidique montréalaise, voilà une chronique romanesque du même univers.  Tout comme l’auteure, la narratrice a enseigné le français dans une école hassidique de Montréal.  On vit donc de l’intérieur une année scolaire durant laquelle, peu à peu, se tissent des liens privilégiés entre l’institutrice, une goya (non-juive), et sa ribambelle de fillettes vivant sous une tradition rigide, presque secrète, qu’elles partagent avec elle.  En parallèle, une autre histoire se déroule, troublante parce qu’impossible.  Le tout est empreint d’une douce mélancolie, celle des beaux moments qu’on sait éphémères et que l’auteure rend avec talent.

 


LE DEVOIR, Cahier spécial du Salon du livre de Montréal,
12 novembre 2006


Christian Desmeules


L’AUTRE MONDE DE MYRIAM BEAUDOIN

Fascinée par la différence, la jeune romancière nous offre une incursion sensible dans l’univers clos de la communauté juive hassidique

C’est l’un des romans les plus réussis de l’automne. une œuvre qui se démarque par la finesse des sentiments, l’observation aiguë d’un monde qui nous paraît totalement inaccessible et par une écriture franche, visuelle, hypersensible. Comme dans Lekhaïm!, de Zipora Malka, parût plus tôt cette année, Hadassa nous fait voir, à travers le trou de la serrure, un peu de cette autre réalité qui demande à être apprivoisée lentement.

Mais Hadassa de Myriam Beaudoin, c’est surtout deux histoires d’amour impossible qui évoluent en parallèle. La relation d’une fillette de 11 ans avec son institutrice, d’abord, à laquelle se superpose un lent et subtil rapprochement amoureux entre un immigré polonais et une femme juive dans le Mile-End d’aujourd’hui.

Mais sans moraliser, sans le désir pédagogique d’établir des ponts entre les cultures ou d’exposer ses idées sur la question. « Je voulais surtout partager… Parce que c’est d’abord ça écrire, pour moi », explique la jeune femme attablée à une table du café Olimpico, angle Waverly et Saint-Viateur, à l’heure où se prépare le shabbat dans les rues environnantes. Un vendredi après-midi dans le Mile-End, à la lisière d’Outremont.

Fascinée par la différence

À l’origine d’Hadassa, une expérience personnelle. Pendant quatre ans, Myriam Beaudoin a été institutrice au primaire dans une école de filles de la communauté hassidique d’Outremont (un mouvement religieux juif-orthodoxe fondé au XVIIIe siècle en Europe de l’Est). Elle y a fait la rencontre de celle qui lui a inspiré le personnage d’Hadassa à qui, dans les faits, elle a enseigné durant trois ans. Une enfant un peu boudeuse, paresseuse, rêveuse, plus ou moins souffre-douleur de la classe, bouleversante dans son refus de faire sa bat-mitzva et de quitter à jamais l’enfance. Une fillette attachante avec laquelle elle a su développer une relation particulière.

 « J’ai tout de suite commencé à prendre des notes dans la classe », raconte l’écrivaine qui enseigne aujourd’hui le français à Villa-Maria, un collège privé catholique pour filles de l’ouest de la ville. Dialogues, petits secrets, rapprochements. « Ça ne se fait pas en une semaine, c’est une relation qui s’est créé, qui s’alimente, qui s’enrichit… Et peu à peu, il y a un commerce qui s’installe dans la classe. Elles me racontent des secrets sur les rites, sur les fêtes, sur leur vie familiale, etc. » Comme on le voit dans le roman. « En échange, je leur donne de la lecture, je leur permets d’entrer dans un monde littéraire auquel elles n’ont pas accès. Je leur raconte les émission de télé pour enfants. »

 À force de marcher dans le quartier, de se « bourrer les yeux » de leurs mamans, de leurs petites sœurs, de leurs costumes. « Je suis devenue totalement obsédée par le monde des femmes de cette communauté, raconte-t-elle en parlant à toute vitesse. Par les perruques, les manteaux, les robes, les bijoux, la bonneterie. Le monde des hommes m’était  parfaitement inconnu et je ne pouvais pas y entrer. Mais avec les femmes, à l’école, j’avais quand même des contacts avec les mères. »

 C’est plus tard seulement qu’elle s’est mise à lire sur le sujet. « Quand je me suis dit que j’allais faire un roman. Lorsque j’ai compris que j’avais trop de choses, trop de bijoux, trop de notes extraordinaires. » « C’était moi l’étrangère dans cette école-là, reconnaît Myriam Beaudoin, et j’ai trouvé ça formidable. J’ai beaucoup, beaucoup voyagé dans ma vie, j’aime être dépaysée, j’aime regarder. » D’abord intriguée par cet univers, c’est la fascination qui a rapidement pris le relais.

 Un romantique qui s’assume

Une fascination pour l’importance que ces gens-là accordent aux fêtes, semblant vivre de shabbat à shabbat dans une attente perpétuelle. « L’attente, pour moi, c’est quelque chose de merveilleux, et je trouve que dans leur culture c’est très présent. » Mais les inégalités, la condition des femmes? « Moi, ce que je vois d’abord, ce sont des femmes qui sont amoureuses de leurs enfants, de leur famille, de leurs fêtes et de leurs rites. Des femmes souriantes et fières de leurs dix enfants! J’ai trouvé ça vraiment magnifique… » Pour le reste, notamment pour ce qui relève de la sexualité, l’écrivaine avoue ne pas comprendre. « Mais c’est une autre question, tranche-t-elle. J’avais simplement envie d’entrer dans ce monde-là. » En observatrice, sans juger, pour se l’approprier et se fondre dans ses personnages.

L’histoire de Jan et Déborah? « C’est un rêve », admet tout de suite Myriam Beaudoin, en souriant, encore sous l’effet de cette histoire qu’elle a pris plaisir à inventer. Possible ou impossible, cette histoire d’amour esquissée entre une jeune femme de la communauté hassidique et un épicier de la rue Saint-Viateur? « J’ai connu des femmes qui ont quitté la communauté parce qu’elles ne s’entendaient plus avec leur mari… »

Jan et Déborah, pour Myriam Beaudoin, c’est un éloge de la lenteur, du désir, de l’attente, d’une manière romantique de faire les choses qui se perd dans notre culture où tout va trop vite, explique cette lectrice avide des grands auteurs du XIXe siècle. Mais cette histoire, elle la voit aussi comme une porte de sortie imaginaire, en quelque sorte, pour la petite Hadassa. « Ça me permettrait de me dire que si jamais ça ne va pas, un jour, elle pourra faire son bout de chemin… » Chose certaine, c’est la partie du roman qu’elle a préféré écrire. « Et pour le prochain roman, je m’en vais vers la fiction complète. Vers la liberté… »




Radio-Canada, Vous m'en lirez tant, 22 octobre 2006

Entrevue


Radio-Canada Ottawa Gatineau, 3 oct 2006

Mélanie Riendeau

Critique


Femmeaucube.ca, octobre 2006

Hadassa

La tâche ne sera pas facile et la liste des interdits est très longue. Durant une année, nous suivons Alice, nous pénétrons dans sa classe, dans sa tête, dans son coeur et nous découvrons avec elle, au compte-gouttes, ce monde fermé. C’est par l’intermédiaire de ses élèves, qui entremêlent des mots d’anglais, de français et de yiddish, que tout nous est livré dans la spontanéité, la naïveté de l’enfance avec une saveur irrésistible.

Alice va de surprise en surprise, mais jamais elle ne juge. L’affection et l’attachement pour les filles prennent le dessus. Il lui est impossible cependant de ne pas comparer sa vie à la leur, de ne pas demeurer perplexe face à l’avenir qui attend ses protégées, car Alice imagine sans peine la suite.

Hadassa entremêle plusieurs destins, entrecroise les vies de personnages qui n’ont en apparence rien en commun, mais qui sont appelés à se rencontrer. Ainsi, parallèlement au récit d’Alice à la première personne, prend forme une autre narration, une histoire d’amour impossible entre une belle et mystérieuse jeune femme juive, mariée, mais sans enfant, et un jeune Polonais fraîchement débarqué à Montréal, un pianiste de concert qui gagne sa vie comme épicier.

La force de l’auteure ici consiste à pénétrer avec grâce dans l’univers de chacun sans trop en dire ou, plutôt, en disant beaucoup avec peu de mots. Le suspense et le jeu périlleux de chassés-croisés marqués d’interdits donnent lieu à des pages sublimes d’émotion contenue. En alternance, il y a des allers-retours dans la classe d’Alice, où peu à peu les liens entre elle et ses élèves se tissent, malgré les différences qui subsistent. Son ouverture est toutefois contagieuse. Curieux, le lecteur veut comprendre.

Hadassa propose un regard éclairant et critique, mais pas accusateur sur une communauté somme toute peu connue. Nous avons une vision de l’intérieur, à travers les yeux d’une intruse qui s’avoue impuissante à changer quoi que ce soit.

Malgré les thèmes fort différents qui sont abordés dans ses deux romans, l'énergie et l'émotion qui s’en dégagent montrent une maîtrise et un talent certains chez cette jeune auteure. Sa grande sensibilité, son ouverture d’esprit et la qualité de son écriture méritent que vous preniez le temps de lire ses oeuvres. Sûrement, vous espérerez ensuite que Myriam Beaudoin en écrive encore plusieurs autres.


RDI, Entrevue télé RDI du 12 janvier 2007

Dominique Poirier en direct

Juifs hassidiques: une communauté vue de l'intérieur

Les juifs hassidiques forment une communauté peu connue de la majorité des Québécois. Au delà des polémiques qui ont éclaté ces derniers temps en rapport avec les questions d'accommodement raisonnable, ils ont des coutumes bien à eux. Une jeune enseignante, Myriam Beaudoin, a exercé son métier dans une école de juifs hassidiques. Marie-Josée Bouchard a recueilli son témoignage.

Entrevue


Voir, Montréal, 12 octobre 2006

Benoit Jutras

West side story


Myriam Beaudoin signe Hadassa, une deuxième oeuvre nous entraînant avec sensibilité dans l'univers parallèle de nos voisins d'Outremont: les juifs hassidiques.

Nous sommes en septembre, c'est le premier jour de classe. Vous êtes engagée pour enseigner le français dans une institution pour jeunes filles juives orthodoxes. Vous inscrivez votre nom au tableau, puis, parce que vous ne savez "encore rien sur rien", vous leur demandez de raconter leurs vacances. Chacune se lève, se nomme, précise son âge et s'exécute. À la suite du récit de Chaya Weber, presque douze ans, revenue de Val-Morin où elle s'est baignée - "mais pas avec les garçons, non, madame, il y a des heures pour les boys" -, Nechama Frank, douze ans et demi, se lève brusquement: "Toi, madame, tu te baignes avec les garçons?"

Le ton est donné. Alice, Madame Alice, la narratrice, deviendra petit à petit leur rayon de soleil mystérieux. La petite "classe au fond lilas" est le temple de toutes les curiosités, de tous les secrets, là où, entre une leçon de français, de mathématique, de géographie ou d'histoire (Alice devra s'improviser enseignante multi-matières), les écolières se risquent à révéler, dans un franglais parsemé de yiddish, "les secrets des juifs", des informations et détails sur leur vie quotidienne et leurs traditions. C'est ainsi qu'à l'instar d'Alice, digne, réservée, mais toujours friande de ces révélations, nous pénétrons pas à pas, un peu plus à chaque page, dans cette complexe et fascinante micro-société, ses fêtes, ses coutumes, ses multiples interdits, sa symbolique, son extrême pudeur et, surtout, l'humanité des gens qui la composent.

Et au centre de tout ça, il y a cette petite étoile brouillonne, boudeuse, mélancolique, timide, secouée de "moodswings", comme autant de bourrasques: il y a Hadassa, une élève feignant souvent la maladie pour rentrer chez elle, dessinant avec deux ou trois crayons dans sa main, répondant "c'est une statue, madame" en réponse à la question "Que veut dire le mot LIBERTÉ?". Hadassa, la préférée d'Alice, sans véritable amie, qui ne cesse de parler de la "french teacher" à la maison, qui l'a clairement "in her heart". Et nous aussi, on ne peut faire autrement que de se prendre d'affection pour cette Alice, douce, patiente, ainsi que pour cette petite solitude de onze ans et des poussières de qui on se rapprochera au fil du récit.

Parallèle à la nouvelle vie de la narratrice, qui s'échafaude de découvertes en émois, bourgeonne une histoire d'amour clandestine, illégitime. Celle de Jan, un pianiste polonais installé dans le Mile End depuis peu, maintenant épicier à la Boutique, et de Déborah, jeune juive hassidique mariée. Premier contact dans l'épicerie, un jeu de regards: "(...) tout persiste dans l'instant des yeux qui se contemplent"; on assiste alors à "la naissance de deux insomnies". Pour une juive, parler à un goyim, un non-juif, ou même le regarder, est un profond péché. Mais voilà, même si cela est "(...) instinctif, inconcevable, pire que tout", cette chose appelée désir, faute de mieux, ne pourra que se déployer, à sa manière, tailler une brèche presque invisible dans cette frontière séparant l'est de l'ouest, deux êtres soumis au vertige du visage, de la voix, de la présence de l'autre.

D'abord remarquée avec raison par la critique avec un récit publié en 2003 chez Triptyque, Un petit bruit sec, Myriam Beaudoin consolide et confirme ici sa manière, une prose incarnée, aussi sobre que généreuse. Sans jamais tomber dans le piège du manichéisme ou du jugement de valeur, elle nous offre une écriture toute en demi-teintes reposant sur la suggestion, l'ellipse, plutôt que sur la recherche appuyée de l'effet. En définitive, un roman de haute teneur, habile, fluide et bouleversant qui, à travers ce double parcours initiatique au coeur de la judaïté, nous remet en contact avec la matière brute des sentiments et la dignité sans nom d'être autre. Derech erets!






La Presse, le dimanche 24 septembre 2006

Marie-Claude Fortin

Les petites filles modèles

Un jour, alors qu’elle était à la recherche d’un emploi, la jeune Myriam Beaudoin tombe sur une petite annonce de journal qui attise sa curiosité. Une école pour jeunes filles juives orthodoxes de Montréal est à la recherche d’un professeur de français.
Comme on n’exige pas le diplôme en pédagogie, et que le travail n’est pas trop éloigné de ses champs d’intérêt (elle a terminé une maîtrise en création littéraire), elle tente sa chance, obtient le poste. Et se trouve à enseigner le programme du Ministère de l’Éducation à une classe de jeunes hassidim de 11 et 12 ans élevées dans le plus grand respect des traditions. Des jeunes filles nourries de prières et de rituels, de restrictions et d’interdits, pour qui la liberté est une statue.
Vivant à des années-lumière des préoccupations des adolescentes nord-américaines. Pas de télévision. Pas de musique profane. Pas de coquetteries. Pas de poupées ni de jeux d’enfants après 12 ans. Un avenir tout tracé : on se marie, on fait beaucoup, beaucoup d’enfants.




En vignette :

« Dans Un petit bruit sec, dit Myriam Beaudoin, j’étais très près de ce que je connaissais. Dans ce deuxième roman, je voulais partir de la réalité pour aller à l’aventure. »

Photo : Roch Lecompte

« Je suis rentrée dans cette école, et tout à coup, j’ai ressenti une grande curiosité, raconte Myriam Beaudoin. J’étais vraiment dans un autre monde. »

Myriam Beaudoin venait de publier Un petit bruit sec (Triptyque), un premier roman ouvertement autobiographique où elle évoquait la mort de son père. « Dans Un petit bruit sec, raconte-t-elle, j’étais très près de ce que je connaissais. Dans ce deuxième roman, je voulais partir de la réalité pour aller à l’aventure. »

De fait, Hadassa est une invitation au voyage. Un voyage au cœur d’un monde clos, situé pourtant tout près de nous, que nous découvrons à mesure qu’Alice, jeune enseignante non juive, le découvre.

« J’ai appris que dans chacune des maisons, il y avait une importante collection de livres saints, gardés dans une bibliothèque vitrée. Mais qu’il n’y avait pas de comptines sur des disques, pas de téléviseur, pas de bandes dessinées ni de romans écrits en français. (...) Mes élèves ne semblaient pas en souffrir, l’univers de leur enfance évoluait sans frisson inutile, elles dormaient profondément et à l’abri de Cruella, des soeurs de Cendrillon et du bonhomme sept heures. »


Regard plein d’empathie

L’auteure née à Sherbrooke en 1976 pose un regard plein d’empathie sur cette communauté largement méconnue qu’elle a eu « la chance » de côtoyer pendant quatre ans.

Dosant avec précision le réel et la fiction, dans une langue poétique, des dialogues vivants, des scènes que l’on dirait croquées sur le vif, elle nous fait partager le quotidien de Mademoiselle Alice, qui apprend à connaître ses élèves hassidim, s’attachant à plusieurs d’entre elles, dont la jeune Hadassa, « l’enfant fragile, l’enfant-princesse, l’enfant-broussaille » qui donne son titre au roman. À cette histoire, elle superpose celle de Jan, un jeune immigrant polonais qui travaille dans une fruiterie du quartier juif, et qui tombe amoureux fou d’une juive mariée.

« Je n’avais pas de visée, en écrivant ce roman, dit Myriam Beaudoin. J’ai écrit ce que je voyais, j’entendais, je ressentais. Et la fiction est venue d’elle-même. En rêvant, j’ai vu une autre histoire qui se créait, et cette histoire m’est devenue aussi chère que la première. » Le résultat est probant. Et fascinant.

L’auteure, qui enseigne aujourd’hui dans un collège privé catholique, a de toute évidence trouvé sa voie, avec ce deuxième roman. « J’ai adoré écrire ce livre, confie-t-elle. Je suis arrivée à me détacher de moi, c’est quelque chose de nouveau à explorer et à poursuivre. » Et pour nous, c’est certainement une œuvre à suivre.

* * * 1/2




Septentrion.qc.ca, 22 septembre 2006

Carnet d'Éric Simard


Hadassa

Jusqu'à maintenant, la plus belle surprise de la rentrée littéraire se nomme Hadassa (Leméac). Écrit par Myriam Beaudoin, une jeune et talentueuse auteure, ce roman nous fait pénétrer dans l'univers des juifs hassidiques de Montréal. Le roman débute alors qu'une enseignante catholique doit donner son premier cours de français à de jeunes filles juives de 11-12 ans. C'est, en quelque sorte, le choc des cultures. Elle s'attache particulièrement à l'une d'entre elles prénommée Hadassa. Et là, on entre dans un univers ahurissant. On est projeté dans un tout autre monde alors qu'il est tout près de nous. Le plus remarquable dans le travail d'écriture de Myriam Beaudoin est qu'elle semble mettre tout son talent uniquement au profit de son écriture. Elle ne cherche jamais à épater la galerie. Au contraire, tout est d'une simplicité, d'une sincérité et d'un respect étonnant. C'est ce qui fait toute la force de ce roman. Dès les premières lignes, elle installe une ambiance forte qui nous rend captif du début à la fin. De par sa singularité, Myriam Beaudoin se distingue et apporte une voix nouvelle au paysage littéraire québécois. Je vous laisse sur cet extrait: "On m'offrit alors un budget de cinq cents dollars, une minuscule pièce, sombre et froide, attenante au gymnase, et on exigea que chaque nouveau titre passe au comité de censure. Habituées depuis la maternelle, les filles ne chercheraient pas à savoir pourquoi, dans les nouveaux livres, un trait de feutre noir couvrait les jambes et les bras nus, les cochons et les églises, ni pourquoi plusieurs fois par page, des mots étaient rayés et remplacés par des termes manuscrits."






Le Devoir, le samedi 2 septembre 2006

Danielle Laurin

Secrets et interdits

 

Retenez bien son nom, vous le reverrez : Myriam Beaudoin. Née à Sherbrooke, en 1976. Un père diplomate, une enfance passionnée au Rwanda et au Mali. Des études de lettres françaises et de langue espagnole. Un premier roman il y a trois ans, fort, surprenant. Un deuxième roman qui sort à l’instant, où explose le talent.

 La mort du père. Et le deuil impossible. Avec en toile de fond l’enfance africaine. C’est ce qu’elle racontait, sur la pointe des pieds, avec une langue épurée, dans Un petit bruit sec. Pour son second roman « Hadassa » (Leméac), sorte de docu-fiction qui témoigne d’un sens de l’observation et d’une sensibilité remarquables, l’écrivaine s’est inspirée de son expérience d’enseignante de français dans une école juive orthodoxe.

 Une jeune femme libre qui a grandi en Afrique, vit sur le Plateau et vient de terminer une maîtrise en lettres, s’improvise institutrice. Elle s’appelle Alice et, comme l’héroïne de Lewis Carroll, va traverser de l’autre côté du miroir. Sa classe : un groupe de petites filles hassidiques d’Outremont. Elles ont onze, douze ans, et, devant elles, « les six cent treize commandements de la Torah ».

 Premier jour de classe. « J’étais vêtue selon les normes du contrat qui excluaient les blouses sans manches, les jupes au-dessus du genou, les pantalons, les tissus qui brillent, les coupes ajustées ».

 Du jour au lendemain, Alice bascule dans un autre monde. Elle s’interroge. Comment percer le mur des différences, des apparences? Comment approcher la culture et la religion de l’autre? Comment atteindre l’autre sans le blesser, sans le juger, avec respect, avec amour?

 La tâche ne sera pas facile. Longue, longue la liste des interdits. « Les consignes étaient formelles, il était interdit aux professeures chrétiennes engagées par le gouvernement de discuter en classe de la passion, de la reproduction, des médias, d’actualité, des programmes télévisés, des croyances religieuses, des films et des chanteurs, de la violence ou du drame, de la mort, et de tout événement historique ou scientifique qui date de plus de six mille ans ».

 Une année durant, nous allons suivre Alice pénétrer dans sa classe, dans sa tête, dans ses tripes. Et découvrir avec elle, au compte-gouttes, « les secrets des juifs ». Par l’intermédiaire de ses élèves, qui entremêlent des mots d’anglais, de français et de yiddish. Astuce suprême, puisque tout nous est livré dans la spontanéité, la naïveté de l’enfance. Avec une saveur irrésistible.

 Ainsi :  « We hate dogs because they bite jews. » « Oui, les goyim, les hommes non juifs, ils kidnappent les enfants comme nous. Ma mère l’a dit, c’est pourquoi on se promène jamais seule ». «  Les non-juifs ne peuvent pas toucher aux juifs, surtout pas avec les mains. » « Madame, nous on doit donner aux bébés le nom de ceux qui sont morts déjà. » « Les garçons deviennent Bar Mitzva quand ils fêtent treize ans et les filles quand on devient douze ». Etc.

 Alice va de surprise en surprise. Mais jamais ne juge. L’affection, l’attachement pour les filles prennent le dessus. Impossible cependant de ne pas comparer sa vie à la leur, de ne pas demeurer perplexe face à l’avenir qui attend ses protégées. « Dès l’automne suivant, dans l’étage supérieur, les fillettes recevraient la formation nécessaire à une future épouse, un savoir axé sur les rudiments de correspondance, de comptabilité commerciale, et, surtout, un enseignement pratique des tâches familiales ».

 Alice imagine sans peine la suite. À 16 ou 17 ans, on les retirerait de l’école, la famille leur choisirait un mari et « elles passeraient leur vie dans le quartier d’arbres bicentenaires et de résidences aux briques rouges ». Exactement comme leurs mères avant elles…

 Exactement comme cette belle et mystérieuse jeune femme juive, mariée mais sans enfant – la honte -, aperçue un jour par Alice dans l’épicerie d’un ami et qu’elle croisera à nouveau sur son chemin, par le biais de ses élèves.

 Un peu à la manière du savoureux Nikolski de Nicolas Dickner, encensé par la critique et couronné de prix la saison dernière, Hadassa entremêle plusieurs destins, entrecroise les vies de personnages qui n’ont en apparence rien en commun mais sont appelés à se rencontrer.

 La force de l’auteure consiste à pénétrer avec grâce dans l’univers de chacun. Sans trop en dire. Ou plutôt, en disant beaucoup avec peu de mots. On se tient avec elle sur le fil du rasoir, on observe. Son ouverture est contagieuse : on est curieux, on veut comprendre.

 Et on veut savoir : que va-t-il se passer ensuite? Car parallèlement au récit d’Alice à la première personne, prend forme une autre narration, une autre histoire. Histoire d’amour impossible entre la jeune juive aperçue à l’épicerie… et un jeune Polonais fraîchement débarqué à Montréal, un pianiste de concert, qui gagne sa vie… comme épicier.

 Les amis du jeune Polonais l’ont pourtant mis en garde :  « Ces femmes-là ne s’intéressent pas à nous, pas plus à toi, c’est un univers fermé, tu ne pourras jamais avoir de contact avec elle. Ces juifs-là restent entre eux, ils se marient entre eux, ils veulent garder les traditions, ils gardent leur nom, leur argent […]. Avant vingt ans, les filles sont mariées avec des juifs, et puis c’est tout, il n’y a pas d’exception, il n’y a pas de mélange. » Et bien sûr, aucun divorce n’est envisageable.

 À moins que… Suspens. Jeu périlleux de chassés-croisés marqués d’interdits, qui donnent lieu à des pages sublimes d’émotion contenue. En alternance, allers-retours dans la classe d’Alice, où peu à peu les liens entre elle et ses élèves se tissent, malgré les différences qui subsistent.

 À l’heure où les juifs ont mauvaise presse, dans la foulée du conflit au Liban, Hadassa propose un regard éclairant, critique mais pas accusateur, sur une communauté qu’on connaît mal. On voit les choses de l’intérieur, à travers les yeux d’une intruse qui s’avoue impuissante à changer quoi que ce soit.

 Au- delà du pur bonheur de lecture que nous offre Myriam Beaudoin, il y a ça. « Je jouissais d’une proximité avec une communauté pour tous inaccessible », fait remarquer l’héroïne du roman. Pourquoi ne pas en profiter?




À la radio de Radio-Canada, le 28 août 2006

Entrevue

Michel Désautels, Julie Laferrière




Septembre-octobre 2006


Le Libraire

Myriam Beaudoin fait preuve d’une maîtrise étonnante de l’art narratif. Après un récit inspiré du deuil de son père (Un petit bruit sec, Triptyque, 2003), cette native de Sherbrooke signe Hadassa, deux histoires d’amour à lire en parallèle : celle d’une enseignante de français et de ses élèves, et celle d’un Polonais et d’une Juive mariée. Ainsi, la narratrice est charmée par ces jeunes filles juives d’Outremont qu’elle apprivoise chaque jour, et déroutée par une culture et une religion qui lui échappent. Tout de non-dits éloquents, de pulsions inassouvies et de transgressions, ce très beau roman revisite l’idée du choc des cultures avec respect et ouverture d’esprit.


 

 

 


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